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Notre connaissance de l’histoire de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs a été profondément renouvelée ces dernières années. Les fouilles organisées à l’occasion de la rénovation du musée national des Arts et Métiers sous la direction de Catherine Brut et d’Arnaud Prié ont mis au jour de nomwbreux éléments lapidaires. Surtout, Danielle Johnson, Philippe Plagnieux et François Heber-Suffrin ont entrepris une étude approfondie tant du monument subsistant que de ce que l’on pouvait connaître des états antérieurs du prieuré1.
Nous nous contenterons donc de rappeler les grandes étapes de l’histoire de Saint-Martin-des-Champs. L’existence de la basilique primitive est attestée dans les documents dès la première décennie du viiie siècle, et les fouilles ont montré que sa fondation remonte probablement au siècle précédent, voire à la deuxième moitié du vie siècle2. Elle est implantée le long de la route allant de Notre-Dame à Saint-Denis, hors de la ville, et le restera jusqu’à la construction de l’enceinte de Charles V. On ne cerne que difficilement son histoire aux époques mérovingienne et carolingienne ; notamment, on ne connaît pas les circonstances de sa transformation en abbaye. Tel semble cependant être son statut lorsqu’elle est pillée à la fin du ixe siècle par les Normands. Pratiquement abandonnée, elle est refondée en 1060 par le roi Henri Ier, qui y installe une communauté de chanoines augustiniens3. La nouvelle église est dédicacée en 1067 par Philippe Ier, qui la remet à Hugues Ier de Semur en 10794. Sous la direction de ce dernier, Saint-Martin-des-Champs devient l’un des principaux prieurés clunisiens du nord de la France. De cette première église, pratiquement rien ne nous est parvenu : ni la nef, ni le chevet, ni la tour-clocher occidentale. Seuls subsistent, en fait, les deux premiers niveaux d’un second clocher, qui en comptait à l’origine quatre, placé au sud de l’église prieurale, au point de rencontre du chevet et de la nef. Au second niveau, les faces sont ouvertes par des doubles arcatures qui retombent, au centre, sur une colonnette en délit et, sur les côtés, sur des colonnettes engagées. Il est aujourd’hui difficile de juger de cette structure, et notamment du décor porté par les chapiteaux, en raison des restaurations drastiques menées par l’architecte Deneux en 1913. Danielle Johnson a cependant publié un certain nombre de photos avant restauration qui permettent de mieux les appréhender5, et même d’en rapprocher certains des chapiteaux de notre musée (Cl. 19480 et Cl. 19506). En se fondant sur l’analyse stylistique et architecturale, Danielle Johnson et Philippe Plagnieux ont proposé de voir dans ce clocher une adjonction réalisée peu avant 1100 sur l’église reconstruite entre 1060 et 1067. C’est peut-être à cette dernière qu’il faut rattacher certains des éléments trouvés lors des fouilles et aujourd’hui conservés au musée (Cl. 23546 et 23550).

Aucun document ne permet de dater la reconstruction du chevet. Par l’analyse architecturale, Danielle Johnson et Philippe Plagnieux ont proposé de la dater des années 1130-1135. Une telle datation lui fait jouer un rôle essentiel dans l’histoire de l’architecture. En effet, ce bâtiment est alors contemporain de la reconstruction de Saint-Denis, voire la précède légèrement. Ainsi s’explique le caractère surprenant des éléments conservés au musée qui en proviennent (modillons Cl. 19481 à Cl. 19500, colonnette Cl. 19499, chapiteaux Cl. 19500, 19504 et 19505, fragment de base Cl. 19503). Certains de leurs aspects annoncent, en effet, la transformation du rapport entre architecture et sculpture qui se fait jour à la même époque à Saint-Denis, quand nombre d’autres, et notamment les modillons, prolongent la séparation entre fonction architectonique et rôle iconographique propre au monde roman. Au-delà d’un « incunable de l’architecture gothique »6, l’église prieurale de Saint-Martin-des-Champs apparaît à ce titre comme le monument de la transition du roman au gothique, ce qui ne fait que renforcer son rôle et la nécessité où nous sommes d’en parfaire la connaissance.
L’histoire de l’abbaye ne s’arrête pas après la reconstruction du chevet. D’autres travaux vont bouleverser sa physionomie au xiiie siècle. Sans s’attarder sur la reprise de la nef, il convient ici de s’arrêter quelque peu sur le cloître et les bâtiments claustraux. Ceux-ci furent reconstruits dans les années 1230, probablement avant la mort du prieur Baudoin (1224-1234), inhumé sous le crucifix du réfectoire. Ce cloître fut à nouveau reconstruit entre 1702 et 1720, ses éléments servant de moellons aux constructions élevées au xviiie siècle. Ainsi s’explique leur découverte au xixe siècle, sans doute liée à l’aménagement du Conservatoire national des arts et métiers. Une partie des éléments découverts entrèrent au Louvre en 1894, en même temps que les pièces citées précédemment, avant de rejoindre le musée en 1914. À cette date, elles étaient considérées comme du xiie siècle, erreur qui fut rectifiée dès le catalogue Haraucourt et Montrémy, 1922. Enfin, les fouilles menées en 1993 et 1994 à l’occasion du réaménagement du musée national des Arts et Métiers ont mis au jour nombre d’éléments lapidaires, entrés depuis dans les collections du musée. La plupart, trouvés dans des niveaux de remblais, sont absolument indatables, mais tous ceux auxquels on peut assigner une date appartiennent soit au xiie soit au xiiie siècle, aussi avons-nous inclus ces fragments ici.
Assise de colonnette octogonale engagée
Fragment de frise de pointes de diamant
Élément de couvercle de sarcophage
Tronçon de colonnette en délit
Tronçon de colonnette en délit
Tronçon de colonnette en délit
Tronçon de colonnette en délit
Fragment de colonnette engagée
Fragment de bandeau d’archivolte
Fragment de colonnette et chapiteau engagé
1. Pla09 et JHS09. Voir auparavant Joh91 et JP97, mais aussi, pour des articles plus sommaires, JP93 et JPP98.
2. Bus98, p. 514-515.
3. Las87, document no 96, p. 122-124.
4. Arch. nat., L 870, L 872 et LL 1073. Documents cités par JPP98, p. 34.
5. Joh91.
6. JPP98, p. 37 et Pla09.
Xavier Dectot
© Réunion des musées nationaux – 2010