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Par son iconographie, le portail central de la façade occidentale est tout à fait classique : au tympan se trouve un Christ trônant, entouré d’anges portant les arma Christi, de Marie et de Jean ; le linteau du bas est consacré à la résurrection des morts, et celui du haut à la pesée des âmes et à la séparation des élus et des damnés. Au trumeau se retrouvait le Christ bénissant, entouré des apôtres aux ébrasements, puis, à en croire une lithographie exécutée d’après un dessin de la collection Gilbert, aux extrémités des deux piédroits se trouvaient les symboles des quatre évangélistes, dont Matthieu au nord, Marc au sud, suivis par les Vierges sages et les Vierges folles sur les piédroits eux-mêmes.
Tout juste peut-on noter deux innovations dans une tradition qui remontait alors à près d’un siècle : le choix de faire du Christ du Jugement dernier non seulement un Christ juge, mais aussi un Christ de douleur exhibant ses plaies, ainsi que la présence, à une date relativement haute, d’une illustration monumentale de la parabole des Vierges folles et des Vierges sages. Cependant, ce n’est pas cet aspect du portail qui pose un problème, mais bien sa datation. Déjà, Eugène Viollet-le-Duc pointait l’existence manifeste de deux groupes bien distincts. L’un correspond à Marie et à Jean, au tympan, au linteau supérieur (tant pour les damnés que pour les élus) et à la partie senestre du linteau inférieur. Il participe pleinement de l’esthétique du début du xiiie siècle, avec des têtes rondes et douces, aux cheveux tombant en ondulant, des vêtements collants aux longs plis parallèles à peine creusés. Si l’on se tourne, en revanche, vers la scène centrale du tympan ou vers la partie dextre du linteau inférieur, on se trouve face à un tout autre style. Les personnages sont plus élancés, les visages ont des traits fins et délicats, les yeux sont étirés en amande, les chevelures gonflent dans le vent, les effets de drapé se multiplient, de cuiller en bec en plis tuyautés. De plus, comme l’a noté Alain Erlande-Brandenburg1, une statue du Christ, qui était probablement à l’origine un trumeau, se trouvait jusqu’au xviiie siècle sur le parvis transformé en fontaine. Dès lors se pose la question de savoir s’il n’y eut pas un premier remaniement du portail à une date très haute, probablement dès les années 1230. Il est aujourd’hui presque impossible de trancher uniquement sur la base des sculptures restantes, tant celles-ci ont été affectées par les transformations de Soufflot puis de Viollet-le-Duc. À l’occasion de ce remaniement, dont la cause n’est pas élucidée, on aurait repris toute la partie centrale du tympan, la partie dextre du linteau inférieur, le trumeau et peut-être d’autres parties aujourd’hui disparues de cet ensemble. Ce serait alors un exemple extraordinaire d’une restauration en place, au xiiie siècle, d’une partie d’un tympan. Si cette hypothèse semble aujourd’hui la plus séduisante face à la profonde différence stylistique entre les parties du tympan, elle n’en reste pas moins difficile à adopter pleinement tant cette idée d’une restauration partielle paraît surprenante. On ne peut non plus exclure que deux artistes aux tempéraments très différents aient collaboré, ni que les différences de style soient seulement le résultat de la volonté du commanditaire ou d’un artiste particulièrement en avance sur son temps.
Tympan ; Parties hautes du corps ; Parties basses du corps ; Éléments de drapé ; Fragments de consoles ; Fragments de colonnes ; Symboles des évangélistes
Fragment de linteau : la Résurrection des morts
Fragment de linteau : la Résurrection des morts
Fragment de linteau : la Pesée des âmes, deux damnés
Fragment de l’ange de saint Matthieu
Fragment du taureau de saint Luc
1. Erl71-5 et Erl74.
Xavier Dectot
© Réunion des musées nationaux – 2010