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C’est peu avant le milieu du xiiie siècle que l’évêque et les chanoines de la cathédrale parisienne décidèrent de modifier profondément la structure de leur église en lui adjoignant un transept débordant, dont l’importance a été rendue moins sensible par l’adjonction, après 1294, des chapelles de la nef.
Si l’on ignore la date exacte du début des travaux, on connaît en revanche le nom de l’architecte qui en fut responsable jusqu’à sa mort avant 1258, Jean de Chelles, grâce à l’inscription que fit graver en sa mémoire son successeur Pierre de Montreuil sur la façade du bras sud du transept. Jean de Chelles, qui fut notamment en charge de l’érection du bras nord, a conçu ce système à deux grands bras débordants, clos par des façades où se succèdent un grand portail, flanqué, sur les retours des piédroits, de grandes niches abritées par un gâble, une claire-voie et une grande rose. S’il ne fait pas toujours preuve du même raffinement formel que son successeur, Jean de Chelles se montre cependant ici un architecte innovant, grâce auquel le chantier du transept de la cathédrale s’impose durablement comme un modèle qui fut plus marquant encore que celui du chantier contemporain, ou peut-être légèrement antérieur, de la Sainte-Chapelle.
Bien peu d’éléments nous sont parvenus pour juger avec précision de l’iconographie qui se déployait au portail du bras nord du transept. Le cloître Notre-Dame n’était pas un espace aussi fermé qu’on a parfois voulu le dire. Parfaitement accessible le jour, il accueillait aussi, de nuit, des laïcs, serviteurs des chanoines ou sous-locataires d’une de leurs maisons (y compris, au moins dès le xive siècle, des femmes)1. L’emplacement ne permet donc pas, à lui seul, d’expliquer le désintérêt presque total des dessinateurs et des graveurs pour le portail du Cloître ni le laconisme des historiens de Paris à son sujet. Pour approcher de sa structure2, il faut en fait se tourner d’abord vers le mémoire rédigé par Varin au moment de la dépose des statues. On y apprend en effet que ce dernier a déposé douze statues des piédroits du portail, quatre placées à l’aplomb et neuf dans des niches dégagées dans les contreforts marquant la division du chœur en travées. Sans que l’on parvienne véritablement à en comprendre la raison, la Vierge du trumeau échappa pourtant à la dépose, ainsi que, par bonheur, aux restaurations parfois drastiques de l’administration des Monuments historiques. De part et d’autre, si l’on se fie au témoignage de l’abbé Lebeuf3, se trouvaient, à l’est les Rois mages, à l’ouest, les vertus théologales. Autant la figuration des Rois mages n’a rien de surprenant dans la France du Nord du milieu du xiiie siècle et se retrouve, notamment, à Amiens, autant celle des vertus théologales à cette échelle monumentale apparaît comme un unicum. Par ailleurs, l’iconographie générale nous échappe d’autant plus que, si le linteau et le tympan, consacrés respectivement à l’enfance du Christ et au miracle de Théophile, nous sont également parvenus, on ne sait en revanche rien de l’iconographie des sculptures qui ornaient les retours des piédroits. De plus, des remaniements avaient affecté toutes cette partie de la cathédrale dès avant le xviiie siècle. Ainsi, l’abbé Lebeuf remarque que nombre des statues ornant les niches dégagées dans les contreforts du chœur avaient disparu, et Charpentier signale la présence, au contrefort occidental du portail, d’une statue représentant les Rois mages, alors isolée mais dont on peut penser qu’elle provenait d’un ensemble plus complexe4.
Les éléments encore en place permettent de bien définir le style des sculptures du bras nord du transept, fait d’une sobre élégance dans les drapés, soulignés de plis en cuillers à la fois profonds et proches de corps à la taille fine et haut placée, aux gestes délicats, tels la cassure de la main droite, relevée vers une cordelette très tombante, ou le léger soulèvement du pied du principal Roi mage du groupe provenant du contrefort occidental. Quant aux visages, ils frappent par leur délicate monumentalité et leur douce sévérité, leurs traits réguliers mais marqués et, surtout, un sens du mouvement suspendu qui prend toute son ampleur dans la magnifique tête de Roi mage, qui reste, malgré sa mutilation, l’un des plus beaux éléments de sculpture qui nous soient parvenus de la cathédrale.
Rois mages ; Portail du Cloître du bras nord du transept
1. Sur le cloître Notre-Dame, voir Agnès Bos et Xavier Dectot, « Le cloître Notre-Dame », dans Alain Erlande-Brandenburg, Jean-Michel Leniaud, François Loyer et Christian Michel, éd., Autour de Notre-Dame, Paris, 2003, p. 116-119.
2. Alain Erlande-Brandenburg et Dieter Kimpel, « La statuaire de Notre-Dame de Paris avant les destructions révolutionnaires », Bulletin monumental, 1978, p. 232-235 et Alain Erlande-Brandenburg et Dominique Thibaudat, Les Sculptures de Notre-Dame de Paris au musée de Cluny, Paris, 1982, p. 83.
3. Abbé J. Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, Cocheris éd., 1863, t. I, p. 8.
4. Charpentier, Description historique et chronologique de l’église métropolitaine de Paris, Paris, 1767, p. 3.
Xavier Dectot
© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016