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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Paris

Cl. 18932 (Cl. 12577)

Tête d’évêque

Paris, vers 1250-1260

Calcaire
H. 32 ; L. 24 ; Pr. 21 cm


Historique

Dépôt lapidaire de la Ville de Paris, avant 1843. Affectée au musée de Cluny en 1843. Attribuée de 1969 jusqu’en 1985 au bras sud du transept de Notre-Dame de Paris.

Études et restaurations

Restauration et nettoyage par Gérald Pestmal, 1982.


Commentaire

Soigneusement décapitée, la tête ne présente que peu de mutilations : outre la disparition du nez, on ne peut noter que la destruction de la mitre, en quelques coups de ciseau précis, et la disparition, à la suite d’un choc, de la zone inférieure dextre du menton et de la barbe. Cette tête apparaît pour la première fois dans l’inventaire du musée en 1891 et est alors datée du xive siècle, datation qui se retrouve tant au moment de la seconde inscription à l’inventaire en 1912 que dans le catalogue Pierre (Haraucourt et Montrémy, 1922). Ce n’est qu’en 1969 que Dieter Kimpel lui attribua une nouvelle datation : s’appuyant sur une description du rapport de Lavillegille, Longpérier et Gilbert, 1840, il plaça cette tête dans l’ensemble découvert en 1839 rue de la Santé et l’attribua logiquement à Notre-Dame de Paris. Au vu du style de l’œuvre, il en plaça l’origine au bras sud du transept. Après avoir dans un premier temps suivi cette attribution (Erlande-Brandenburg et Thibaudat, 1982), Alain Erlande-Brandenburg montra par la suite que l’identification effectuée par Dieter Kimpel était erronée, le texte de Lavillegille, Longpérier et Gilbert s’appliquant en fait à une tête d’évêque provenant du portail du Couronnement de la Vierge (Cl. 16602).

Que penser, dès lors, de cette tête ? Tout d’abord, elle a été inventoriée pour la première fois sans mention particulière au sein d’une vague d’inscription à l’inventaire d’éléments provenant du dépôt lapidaire de la Ville de Paris. Certes, le premier versement des Chantiers de Saint-Denis au musée avait déjà eu lieu, mais ces éléments, arrivés au musée en 1887, ayant été inventoriés dès 1888, il est peu probable que la tête d’évêque en provienne. Pour autant, elle était connue du milieu des restaurateurs parisiens depuis une date assez ancienne, puisque Elmerich, l’un des sculpteurs travaillant avec Geoffroy-Dechaume, en fit le modèle pour la tête du Saint Denis céphalophore de l’ébrasement de gauche du portail du Couronnement. Par ailleurs, plusieurs éléments, à commencer par la mutilation de la mitre, semblent indiquer une suppression volontaire de l’insigne du pouvoir épiscopal. Enfin, même si l’on ne peut identifier cette tête à celle décrite relativement précisément en 1839, on ne peut non plus exclure totalement que cette tête ait été retrouvée à ce moment et fasse partie des fragments évoqués, beaucoup plus rapidement, comme un ensemble.

En revanche, quelques points incitent à la prudence au moment d’attribuer cette sculpture à Notre-Dame. On sait d’une part que la connaissance qu’avaient Viollet-le-Duc et Geoffroy-Dechaume de la provenance de telle ou telle œuvre était parfois imparfaite et les amena à utiliser des modèles dont on a découvert par la suite qu’ils ne provenaient pas de la cathédrale (voir, par exemple, le cas de la Vierge à l’Enfant Cl. 11495). D’autre part, même si la mitre a été soigneusement mutilée, la comparaison avec les mutilations effectuées par Bazin à Notre-Dame, et notamment avec la tête d’évêque Cl. 16602, montre que ces dernières étaient plus systématiques, plus radicales. Le module de la tête, inférieur à celui des statues de la façade occidentale, est en revanche légèrement supérieur à celui des têtes du bras nord du transept. Par rapport à ces dernières (Cl. 23127, Cl. 23128 et Cl. 23606), la tête d’évêque présente de plus un travail légèrement différent : là où les têtes du portail de Jean de Chelles se caractérisent par une recherche d’harmonie et de délicatesse couplée à un véritable sens du mouvement, elle se caractérise d’avantage par sa solennité, par une recherche d’individualisation dans les marques de l’âge et, du coup, par un certain hiératisme. Aux bouches fines et droites des premières, on peut opposer le côté légèrement tombant de la seconde. De même, la paupière inférieure perd sa légère courbure pour devenir une simple ligne droite. La conception de la pilosité, enfin, est très différente. Les grandes vagues des cheveux sont remplacées par un effet de cascade de boucles, et, surtout, plutôt qu’une barbe naissant presque sous les pommettes, le sculpteur a ici choisi une barbe naissant très bas, au niveau de la mâchoire, dégageant et soulignant le creux des joues.

Ainsi, même si le travail général, le front souligné de trois rides, les yeux en amande étirée et, globalement, tous les éléments stylistiques incitent à une datation dans les décennies 1250-1260, on ne peut, en revanche, que constater les différences avec ce qui est connu de la sculpture de Notre-Dame de Paris. Il n’est certes pas possible d’exclure totalement qu’elle appartienne à la campagne de Pierre de Montreuil. On observera qu’elle semble assez éloignée du goût de ce dernier artiste pour l’équilibre et pour un certain foisonnement, sensible tant dans la sculpture décorative du portail de la Chapelle de la Vierge) que dans l’Adam, et plus proche du penchant antiquisant un petit peu dur de certains apôtres de la Sainte-Chapelle. Dès lors, seule est assurée la provenance parisienne de cette œuvre qui appartint au dépôt lapidaire de la Ville de Paris, mais, étant donné l’intense activité architecturale que connut la ville au cours de ces deux décennies, il paraît hasardeux de l’attribuer à un édifice précis.


Bibliographie

  • Edmond Haraucourt et François de Montrémy, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue général, t. I, La pierre, le marbre et l’albâtre, Paris, Musées nationaux, 1922, no 275, p. 59.
  • Dieter Kimpel, « Le sort des statues de Notre-Dame de Paris. Documents sur la période révolutionnaire », Revue de l’art, 4, 1969, no 4, p. 44-47.
  • Dieter Kimpel, Die Querhausarne von Notre-Dame zu Paris und ihre Skulpturen, Bonn, Druck, 1971, p. 283.
  • Alain Erlande-Brandenburg, « Une tête d’évêque du portail du bras sud de Notre-Dame de Paris », Bulletin monumental, t. 129, 1971, p. 108-109.
  • Alain Erlande-Brandenburg et Dominique Thibaudat, Les Sculptures de Notre-Dame de Paris au musée de Cluny, Paris, RMN, 1982, no 268, p. 98.
  • Alain Erlande-Brandenburg, « Une tête de prélat provenant du portail du Couronnement de la Vierge à Notre-Dame de Paris », Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1985, p. 12-13.
  • Alain Erlande-Brandenburg, « Une tête de prélat provenant du portail du Couronnement de la Vierge à Notre-Dame de Paris », Revue du Louvre, 360 (3), 1986, p. 184-191.

Expositions

  • Saint Louis, Paris, Sainte-Chapelle, 1960, no 99.
  • La France de Saint Louis, Paris, Salle des gens d’armes du Palais, 1970-1971, no 99, p. 67.
  • Viollet-le-Duc, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 1980, no 238.

Index

Désignation : Statue-colonne
Matière : Calcaire
Technique : Sculpture
Sujet iconographique : Évêque (clerc)
Période : 3e quart du XIIIe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=5



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

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