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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Paris

Cl. 11495

Vierge à l’Enfant

Paris, vers 1800

Calcaire
H. 190 cm


Historique

Musée des Monuments français. Chantiers de Saint-Denis.

Études et restaurations

Projet d’intégration dans la façade de Notre-Dame de Paris par Viollet-le-Duc en 1861. Décapage en 1887 par M. Denisot, restaurateur, 16, rue du Colonel-Oudot. Nettoyage par procédé Mora en 1988 par Gérald Pestmal. Analyse de la pierre par neutroactivation par le Brookhaven National Laboratory (Upton, New York) en 1992 : le calcaire n’est pas un liais parisien. Analyse visuelle de la pierre par Annie Blanc (LRMH) en 1999 : même conclusion, aucune proposition pour l’origine de la pierre.


Commentaire

La Vierge se tient debout, frontale, la tête ceinte d’une couronne à quatre fleurons (dont deux ont disparu), le regard fixe, tenant, de la main droite, les fragments d’une tige qui était probablement celle d’un lys, le bras gauche supportant l’Enfant. Elle est vêtue d’une robe ornée d’un fermail circulaire, d’un voile rejeté derrière la tête qui laisse apparaître deux mèches de cheveux sur le front, et d’un manteau dont le pan droit est ramené sur le bras gauche et retombe en plis tubulaires. Le pied gauche a disparu, mais le droit dépasse légèrement sous la robe. Un fragment de colonne est encore visible à l’arrière. Malgré le décapage de 1887 et le traitement à la pâte Mora en 1988, des traces de polychromie (rouge, bleu et or) sont encore visibles sous la robe et sous la semelle de la chaussure.

L’histoire de cette pièce avant son entrée dans les Chantiers de Saint-Denis est assez complexe. Depuis Lenoir, 1867, l’opinion la plus répandue l’identifie avec la Vierge dont Lenoir, 1806, dit qu’elle provient du trumeau de la chapelle de la Vierge de Saint-Germain-des-Prés – même si, à en croire le journal de Courajod, 1878, cette Vierge semble avoir été, après la suppression du musée des Monuments français, renvoyée à Saint-Germain-des-Prés plutôt qu’envoyée à Saint-Denis. L’autre point de vue, formulé notamment par Aubert, 1943, l’identifie avec la Vierge à l’Enfant vue aux Chantiers de Saint-Denis par Guilhermy, 1855, que ce dernier pensait être la Vierge du trumeau du portail du Couronnement. Cette identification pourrait être à l’origine du projet de restauration de Viollet-le-Duc de 1861, où la Vierge ressemble effectivement de très près à celle du musée. Même si le caractère raide de la sculpture, la retombée systématique des plis, le travail un peu gras du visage de la Vierge ont probablement été aggravés par les restaurations subies, et notamment par le décapage de 1887 et le nettoyage agressif de 1988, le manque d’ampleur, la lourdeur de cette œuvre s’expliquent seulement par le fait qu’il ne s’agit pas d’une création médiévale mais moderne. Reste à en déterminer la date.

Elle ne saurait être postérieure à 1867, puisqu’elle est reproduite par Alexandre Lenoir à cette date, ni même à 1861, car c’est probablement elle que l’on reconnaît sur le projet de Viollet-le-Duc. Puisque, par ailleurs, sa présence aux Chantiers de Saint-Denis est attestée, elle est nécessairement antérieure à 1845 (ni Viollet-le-Duc ni Guilhermy n’auraient attribué une origine ancienne à une sculpture réalisée sous l’autorité du premier d’entre eux). Dans la mesure où elle n’appartient pas non plus, stylistiquement, aux remaniements et recréations de François Debret, on peut suivre la tradition qui la fait venir du musée des Monuments français. Et à ce titre, la comparaison effectuée en 1943 par Marcel Aubert avec les restaurations faites sous la direction d’Alexandre Lenoir se révèle riche d’enseignements.

Malgré des différences qui ne permettent pas de les attribuer au même sculpteur, on ne peut que remarquer certains points communs entre les sculptures du tombeau qu’Alexandre Lenoir fit réaliser pour Héloïse et Abélard (aujourd’hui au Père-Lachaise) et la Vierge ici étudiée. On retrouve la même absence de pommettes au profit d’un visage lisse, légèrement ovale, au sourire à peine esquissé et figé qui évoque les années 1230 (davantage la façade de la cathédrale d’Amiens que de celle de Paris), mais aussi le même surprenant menton légèrement en galoche. De même, les drapés de la partie du manteau qui repasse devant la Vierge peuvent-ils être rapprochés assez clairement de ceux des manches d’Abélard. Une telle datation permettrait d’expliquer certains aspects un peu surprenants de la sculpture, tels que la main droite de la Vierge tenant la cordelette du manteau (geste assez anachronique d’ailleurs) en même temps que l’Enfant, ou la survivance des fleurons, qui serait étonnante dans une sculpture déposée à la Révolution.

Une dernière question subsiste : peut-on, comme le fait Albert Lenoir, identifier cette Vierge avec celle attribuée au portail de la chapelle de la Vierge par son père ? Il est, à notre sens, difficile de répondre, même si cela n’est pas strictement impossible, les manipulations que celui-ci effectua sur les tombeaux de Saint-Denis montrant qu’il n’était pas homme à s’arrêter à des problèmes de dimensions...


Bibliographie

  • Alexandre Lenoir, Description historique et chronologique des monuments de sculpture réunis au musée impérial des Monuments français... Suivie d’une dissertation sur la barbe et les costumes de chaque siècle, et d’un traité de la peinture sur verre, 8e édition, Paris, Guyot, Levraut, Hacquart, 1806, p. 127.
  • Ferdinand de Guilhermy, Itinéraire archéologique de Paris, Paris, Bance, 1855, p. 58.
  • Albert Lenoir, Statistique Monumentale de Paris, Paris, Impr. nationale, 1867, pl. xxix.
  • Louis Courajod, Alexandre Lenoir, son journal et le musée des Monuments français, vol. 3, Paris, H. Champion, 1878, vol. 1, p. 192.
  • Emmanuel Lefèvre-Pontalis, « Troisième excursion : Saint-Germain-des-Prés », dans Congrès Archéologique de France : Paris, vol. 82, Société française d’archéologie, 1919, p. 301.
  • Edmond Haraucourt et François de Montrémy, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue général, t. I, La pierre, le marbre et l’albâtre, Paris, Musées nationaux, 1922, no 152, p. 43.
  • Paul Vitry, La Sculpture française sous le règne de Saint Louis, 1226-1270, Florence, Pantheon, 1929, p. 19.
  • Marcel Aubert, « Intervention », Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1943, p. 107-108.
  • Marcel Aubert et Michèle Beaulieu, Description raisonnée des sculptures du Moyen Âge, de la Renaissance et des Temps modernes, vol. I, Moyen Âge, Paris, Musées nationaux, 1950, p. 85.
  • Robert Suckale, Studien zu Stilbildung und Stilwandel der Madonnenstatuen der Ile-de-France zwischen 1230 und 1300, thèse, Munich, 1971, p. 156.
  • Michel Fleury, Guy-Michel Leproux et Dany Sandron, Paris de Clovis à Dagobert, Paris, Centre culturel du Panthéon, 1996, no 127.
  • Umberto Eco, Storia della Bellezza, Milan, Bompiani, 2004, p. 155.

Index

Désignation : Trumeau
Matière : Calcaire
Technique : Sculpture polychrome
Sujet iconographique : Vierge à l’Enfant
Période : XIXe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=1



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

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