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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Saint-Germer-de-Fly

Cl. 18749 (Cl. 1571) et Cl. 13105

Retable : Crucifixion, scènes du Nouveau Testament et de la vie de saint Germer

Saint-Germer-de-Fly (Oise), vers 1265-1267

Calcaire lutétien sculpté avec traces de polychromie
H. 58 ; L. 376 cm


Historique

Provient de la chapelle de la Vierge de l’abbaye Saint-Germer-de-Fly (Oise). Déposé de l’autel majeur sous la Restauration. Inventorié en 1844, réinventorié en 1912. Envoyé par Boeswillwald, alors chargé des restaurations de la chapelle.

Études et restaurations

Nettoyage par Charles Bourgeat en 1911. Restauration (nettoyage, reprise des scellements) par la maison E. Bouet en 1950. Analyse de la pierre par Annie Blanc en 1985 puis en 1995  : calcaire lutétien des carrières de l’Oise ou des Yvelines.


Commentaire

Dans la tradition des grands retables d’autel du xiiie siècle, ce retable se présente comme une grande pierre barlongue, seulement animée par un arc en plein cintre qui vient la rehausser en son centre. Comme l’avait noté en son temps Suckale, 1971, la lecture se fait du centre vers l’extérieur. En suivant cet ordre et, pour les paires, en citant d’abord la figure de dextre puis celle de senestre : au centre se trouve donc le Christ crucifié, entouré de la Vierge et de saint Jean ; de part et d’autre se trouvent l’Église et la Synagogue puis saint Pierre et saint Paul, l’Annonciation et la Visitation, saint Germer guérissant un malade et saint Germer faisant l’aumône à un pèlerin et, enfin, saint Ouen et saint Germer sollicitant l’aide du roi. L’identification des scènes latérales à des épisodes de la vie de saint Germer, proposée par Suckale, apparaît en effet ici bien plus plausible que celle à des épisodes de la vie d’Édouard le Confesseur traditionnellement retenue depuis Boeswillwald, surtout si l’on tient compte de la présence de reliques du bras de saint Germer dans la chapelle.

On a depuis longtemps remarqué les liens stylistiques qui unissaient ce retable à la sculpture parisienne des années 1250-1260 et p à celle du bras sud du transept de Notre-Dame de Paris (Suckale, 1971 et Sauerländer, 1972 principalement). La figure de saint Ouen, par exemple, à l’extrémité dextre du retable, présente des parallèles évidents avec les statues des piédroits du portail de ce transept, et tout particulièrement avec le saint évêque. On y retrouve notamment le même drapé tombant en plis à becs successifs. D’autres effets de drapés, comme ceux des manteaux de saint Pierre et de saint Paul, trouvent aussi leur origine au même portail, d’où il est probable que proviennent également le sens du mouvement arrêté et le sens de l’équilibre des personnages. Ce dernier est particulièrement sensible dans l’opposition subtile et pourtant patente entre la figure vivante mais droite de l’Église et celle, à peine plus souple et pourtant déjà luxurieuse, de la Synagogue. Il ne fait aucun doute que le sculpteur de ce retable a été formé à Notre-Dame de Paris. Il n’en est pas pour autant nécessaire de supposer que le retable ait été réalisé à Paris : le calcaire utilisé est certes un lutétien, mais comme l’a noté Annie Blanc, il est probablement originaire des carrières de l’Oise, et de plus, comme l’a montré Lecomte, 1997, c’est à un architecte de formation parisienne que l’on doit la construction de la chapelle de la Vierge de Saint-Germer-de-Fly.

Quant à la datation de cette œuvre, elle est donnée par un fait simple : la chapelle de la Vierge fut consacrée en 1267 par Guillaume de Grès, évêque de Beauvais (Lecomte, 1997, p. 30-31) et s’il est concevable que la chapelle n’ait pas été totalement achevée à cette date, on doit en revanche admettre que l’autel majeur et son retable étaient, eux, en place.
Même si, selon le témoignage de Boeswillwald (archives du musée), ce retable a été conservé en extérieur, face contre terre, pendant plusieurs décennies, il n’en conserve pas moins de nombreuses traces de polychromie, et notamment de dorures, ainsi que l’intéressant décor de surface de son fond, fait de losanges rehaussés de croix, estampés dans une couche de préparation blanche. Plusieurs têtes ont en revanche disparu, ainsi que l’essentiel du personnage du Christ et la partie centrale de l’arcature qui l’encadrait.


Bibliographie

  • Edmond Du Sommerard, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue et description des objets d’art de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance, Paris, Hôtel de Cluny, 1883, no 237.
  • Charles Rehault de Fleury, La Messe, études archéologiques sur ses monuments, Paris, Vve A. Morel, 1883, t. II, p. 47.
  • Chène et Longuet, Le Musée de Cluny, la pierre, le marbre, l’albâtre, la terre cuite, soixante-quatre planches reproduisant près de deux cent motifs, Paris, [s.d.], pl. 38.
  • Edmond Haraucourt et François de Montrémy, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue général, t. I, La pierre, le marbre et l’albâtre, Paris, Musées nationaux, 1922, no 207.
  • Robert Suckale, Studien zu Stilbildung und Stilwandel der Madonnenstatuen der Ile-de-France zwischen 1230 und 1300, thèse, Munich, 1971, p. 127-130.
  • Harmut Krohm, Die Skulptur der Guerhausfassader an der Kathedrale von Rouen, thèse, Aix-la-Chapelle, 1971, p. 119.
  • Willibald Sauerländer, La Sculpture gothique en France, Paris, Flammarion, 1972, p. 176.
  • Marie-Josée Salmon et Pierrette Bonnet-Laborderie, Pierres et bois sculptés du musée départemental de l’Oise du xiie au xvie siècle, Beauvais, 1975, p. 9-10.
  • Alain Erlande-Brandenburg, Dany Sandron et Pierre-Yves Le Pogam, Musée national du Moyen Âge. Guide des collections, Paris, Réunion des musées nationaux, 1993, no 159.
  • Annette Weber, « Les grandes et les petites statues d’apôtres de la Sainte-Chapelle de Paris : hypothèses de datation et d’interprétation », Bulletin monumental, t. 155 (2), 1997, p. 94.

Expositions

  • Sculptures romanes et gothiques du Nord de la France, Lille, musée des Beaux-Arts, 1978-1979, p. 149.
  • De plâtre et d’orid Geoffroy-Dechaume, sculpteur romantique de Viollet-le-Duc, L’Isle-Adam, musée d’Art et d’Histoire Louis Senlecq, 1998, p. 204-205.
  • Paris, ville rayonnante, Paris, musée de Cluny, 2010, no 150.

Index

Désignation : Retable
Matière : Calcaire lutétien
Technique : Sculpture polychrome
Sujets iconographiques : Annonciation ; Christ ; Crucifixion ; Église ; Saint Germer ; Saint Jean ; Saint Jean apôtre ; Saint Jean évangéliste ; Saint Ouen ; Saint Paul ; Saint Paul apôtre ; Saint Pierre ; Saint Pierre apôtre ; Sainte Élisabeth ; Sainte Élisabeth, mère de Jean le Baptiste ; Synagogue ; Vierge ; Visitation
Période : 3e quart du XIIIe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=89



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

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