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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Italie

Cl. 2368 et Cl. 2369

Vierge et Saint Jean au Calvaire

Prato (Toscane), vers 1220-1230

Peuplier polychrome (polychromie du xive siècle)
H. 171 ; L. 40 ; Pr. 30 cm
H. 169 ; L. 40 ; Pr. 50,5 cm


Historique

Proviennent de la cathédrale de Prato (Toscane). Acquis par le musée de Cluny en 1854 de M. Signol.

Études et restaurations

Étude et restauration par Agnès Cascio et Juliette Lévy en 1992-1993. Étude de la polychromie par Sylvie Collinart pour le Laboratoire de recherche des musées de France en 1993. Étude radiographique par Thierry Borel pour le Laboratoire de recherche des musées de France en 1994. Nettoyage et dépoussiérage par Nathalie Mèmeteau et Renée Perea en 2004.


Commentaire

Les deux personnages, qui se tenaient de part et d’autre d’un Christ de déposition, se tiennent dans des positions pratiquement symétriques, le corps droit, un bras (dextre pour saint Jean, senestre pour la Vierge) relevé, le coude plié, le poignet légèrement cassé, la main entrouverte, l’autre passant devant la taille, la main faisant également un geste de préhension pour saint Jean. Les têtes sont légèrement inclinées sur le côté, presque parallèlement à la main levée. Tous deux portent un manteau long tombant jusqu’au niveau des chevilles, attaché sur l’épaule dextre pour saint Jean, couvrant les deux épaules pour la Vierge, sur une robe. Celle de Jean dégage les pieds au niveau des chevilles, celle de la Vierge ne laisse en revanche dépasser que les pointes. Enfin, la Vierge a la tête couverte d’un voile circulaire. Tous les vêtements sont légèrement animés par des drapés superficiels, tombant verticalement ou, pour la Vierge, formant de grands cercles concentriques autour du genou, selon une formule apparue dans le deuxième quart du xiie siècle.

Si les études d’Agnès Cascio et de Juliette Lévy d’une part, de Sylvie Collinart de l’autre, ont montré que la polychromie n’était pas d’origine mais un repeint du xive siècle (ou peut-être du xve siècle), celle-ci n’en reste pas moins exceptionnelle, par son état de conservation certes, mais aussi par certains aspects techniques, comme le fait que la fine chevelure bouclée de saint Jean est réalisée entièrement en gesso, et relève donc d’un travail de modelé et de peinture et non pas de sculpture. Les carnations très pâles aux joues soulignées de rouge, les yeux tristes et expressifs, les vêtements soigneusement rehaussés de galons, tout concourt à faire de ces œuvres un témoignage de la richesse de la polychromie médiévale.

Quoique généralement admise, la tradition qui veut que ces deux sculptures, acquises en Italie en 1854, proviennent de la cathédrale de Prato où se trouve toujours un Christ de déposition a été récemment remise en cause sur des arguments stylistiques qui, pour être intéressants, n’emportent pas totalement l’adhésion. On peut en effet noter les similitudes presque trait pour trait existant entre le visage du Christ de Prato et le Saint Jean du musée et, par-delà, un sens de la corporalité qui semble très proche. Surtout, les analyses de polychromie menées en parallèle sur ce Christ et sur les deux figures du musée en 1994 ont montré de façon indubitable que la polychromie des trois œuvres était de nature identique, ce qui semble emporter l’adhésion et permettre d’attribuer sans hésitation les trois œuvres à un même ensemble.


Bibliographie

  • Edmond Du Sommerard, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue et description des objets d’art de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance, Paris, Hôtel de Cluny, 1883, no 727.
  • Edmond Haraucourt, François de Montrémy et Élisa Maillard, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue des bois sculptés et meubles, Paris, Musées nationaux, 1925, no 4.
  • Enzo Carli, Bois sculptés polychromes du xiie au xvie siècle en Italie, Paris, Hachette, 1960, p. 29-31.
  • Jean-René Gaborit, « Un groupe de Descente de Croix du musée du Louvre », Monuments et mémoires publiés par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1978, p. 167-168.
  • Alain Erlande-Brandenburg, Dany Sandron et Pierre-Yves Le Pogam, Musée national du Moyen Âge. Guide des collections, Paris, Réunion des musées nationaux, 1993, no 153, p. 128.
  • Laura Jacobus, « ’Flete mecum’: the representation of the Lamentation in Italian Romanesque art and drama », Word and Image, 12, 1, 1996, p. 116-120.
  • Luca Mor, « Osservazioni in margine a alcune sculture poco note da gruppi lignei di Deposizione », dans Giovanna Sapori et Bruno Toscano (dir.), La Deposizione lignea in Europa. L’immagine, il culto, la forma, Pérouse, Editori umbri associati, 1999, p. 648-651 et 785.
  • Élisabeth Antoine, Xavier Dectot, Julia Fritsch, Viviane Huchard, Sophie Lagabrielle et Florence Saragoza, Le Musée national du Moyen Âge, Paris, RMN, 2003, p. 66.
  • Juliette Lévy, « À propos de la Vierge et du Saint Jean du musée national du Moyen Âge : Réflexions sur les techniques d’élaboration des sculptures de Descente de Croix italiennes du xiiie siècle », dans Agnès Bos, Xavier Dectot, Jean-Michel Leniaud et Philippe Plagnieux (éd.), « Materiam superabat opus » : Hommage à Alain Erlande-Brandenburg, Paris, École nationale des Chartes, 2006, p. 163-174.

Expositions

  • Mélancolie, génie et folie en Occident, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 2005, no 21.
  • Le Bain et le miroir, soins du corps et cosmétiques de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, musée de Cluny, 2009, no Cl 168a-b.

Index

Désignation : Ronde-bosse
Matière : Peuplier
Technique : Sculpture polychrome
Sujets iconographiques : Déposition ; Saint Jean ; Saint Jean apôtre ; Saint Jean évangéliste ; Vierge
Période : 1re moitié du XIIIe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=728



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

Catalogue