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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

France

RF 2837

Vasque de fontaine

Languedoc, 4e quart du xiie siècle

Marbre
H. 121 ; L. 136 ; Pr. 136 cm


Historique

Provient peut-être du prieuré de Saint-Michel de Grandmont, près de Lodève, dans l’Hérault. Vendue par M. Vitalis, industriel de l’Hérault, à Paul Gouvert, antiquaire. Vendue par celui-ci en 1950 à M. E. des Courrières (Tanger). Vendue par ce dernier à Emmanuel David, qui la céda à la maison Albert Georges, à Paris. Présentée pour exportation en 1960. Arrêtée en douane (comité du 9 mars 1961, conseil du 16 mars 1961). Affectée au musée de Cluny en 1964.


Commentaire

De forme circulaire, cette vasque installée sur un socle rectangulaire est taillée dans un seul bloc d’un marbre aux cristaux fins, aux veines bleu verdâtre avec des nuances roses, qui, selon M.-F. Braemer, proviendrait probablement de la région de Saint-Pons1. Sa face extérieure est ornée d’une arcature reposant sur une douzaine de demi-colonnettes posées sur des bases formées de deux tores séparés par des gorges aux chapiteaux en pyramide tronquée. Ceux-ci présentent un décor végétal et géométrique varié, mais grossièrement taillé. On y trouve des entrelacs géométriques à trois brins, des décors de rinceaux très simples, opposés symétriquement, et des motifs de feuillages. Sur certaines corbeilles, les feuilles d’angles portent un décor de lignes rehaussées de perles, soulignant les nervures, dégageant la partie centrale des panneaux, elle aussi ornée de stries géométriques. Certains panneaux sont pourvus d’une feuille, d’un fleuron ou d’une palmette stylisée.

Cette œuvre appartient à un ensemble assez vaste de fontaines de cloîtres romanes étudié, entre autres, par Xavier Barral2. Elle est notamment proche, outre de la célèbre vasque de Saint-Denis, d’un petit bassin de Moissac publié par Albert Lenoir3, et surtout de la fontaine provenant peut-être de Saint-Michel de Cuxa conservée au Philadelphia Museum of Art4. Si on peut ainsi la situer géographiquement dans le Languedoc et chronologiquement dans les dernières décennies du xiie siècle, il est en revanche plus difficile de se prononcer sur sa provenance exacte. L’attribution à Saint-Michel-de-Grandmont repose sur une assertion de Paul Gouvert. Jean-René Gaborit, dans une note conservée dans les archives du musée, avait rassemblé les arguments justifiant cette hypothèse, de même que ceux qui s’y opposaient. En faveur de cette origine supposée, il faut noter la présence dans le cloître de Saint-Michel-de-Grandmont d’une vasque fort quelconque, qui pourrait en avoir remplacé une plus ancienne. Le prieuré, d’autre part, était suffisamment important et puissant pour que l’on ne s’étonne pas d’y trouver une œuvre d’une telle qualité. Le fait qu’aucune description connue du cloître au xixe siècle ne fasse mention de cette vasque est en revanche un point fort négatif, de même que la nette différence de qualité et de décor entre les chapiteaux de la vasque et ceux du cloître. Jean-René Gaborit proposait, comme une « solution moyenne », que la vasque ait pu être retrouvée parmi les fragments lapidaires conservés dans les galeries du cloître, dont l’origine paraît extérieure au prieuré et qui semblent n’y avoir été apportés qu’à la fin du xixe siècle. Les arguments négatifs sont rejetés par Xavier Barral, qui n’apporte cependant sur ce point guère d’éléments allant au-delà de son intime conviction. Si la traditionnelle austérité grandmontaine plaide dans le sens d’un rejet de l’origine avancée par Paul Gouvert, il faut cependant reconnaître que l’on voit mal quel autre établissement religieux cévenol, du moins dans un rayon proche, aurait pu accueillir cette vasque de cloître, argument négatif qui, pour n’être pas satisfaisant, empêche du moins pour l’instant de retirer définitivement cette vasque du décor du prieuré grandmontain.

1. Observations citées par Barral i Altet, 1992, p. 209.

2. Barral i Altet, 1976, p. 123-125.

3. Lenoir, 1856, vol. 2, no 469, p. 316.

4. Inv. 30.79.1.


Bibliographie

  • Xavier Barral i Altet, « L’image pénitentielle de la Madeleine dans l’art monumental roman », Mélanges de l’École française de Rome, Moyen Âge, t. 104, 1992, p. 181-185.
  • Xavier Dectot, Musée national du Moyen Âge – Thermes de Cluny, Catalogue, Sculptures des xie-xiie siècles. Roman et premier art gothique, Paris, RMN, 2005, no 183.
  • Xavier Barral i Altet, « Fontaines et vasques romanes provenant de cloîtres méridionaux: problèmes de typologie et d’attribution », Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa, t. 7, 1976, p. 123-125.
  • Albert Lenoir, Architecture monastique, 2 vol., Paris, Impr. nationale, 1856.

Index

Désignation : Vasque
Matière : Calcaire marbrier
Technique : Sculpture
Motifs décoratifs : Entrelacs ; Feuilles ; Feuilles ; Palmettes ; Pyramide ; Rinceau
Période : 4e quart du XIIe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=1183



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

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