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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Saint-Denis, façade

Cl. 23250

Tête de statue-colonne : la reine de Saba

Paris, Saint-Denis, vers 1137-1140

Calcaire
H. 36,5 ; L. 21 ; Pr. 22 cm


Historique

Provient de l’ébrasement droit du portail central de la façade occidentale de l’église abbatiale de Saint-Denis. Déposée en 1771. Achetée en 1944 par Jean Ozouf dans le jardin du presbytère de Saint-Maclou de Pontoise, 12, place de la Harengerie. Achetée par le musée de Cluny en 1986 (comité du 21 avril 1986, conseil du 23 avril 1986, arrêté du 5 mai 1986) à Mme Ozouf.


Commentaire

C’est Léon Pressouyre qui, le premier, signala l’existence de cette tête, alors encore dans la collection du sculpteur Jean Ozouf. L’importance de la découverte était d’autant plus grande que jusqu’alors, seules trois têtes des statues-colonnes de Saint-Denis étaient connues : le « Clotaire » du Fogg Art Museum de Cambridge et les « Childebert » et « Clotaire III » de la Walters Art Gallery de Baltimore. Coupée légèrement en dessous du menton, elle arbore une couronne dont le bandeau, aux deux bords rehaussés d’un rang de perles, porte des cabochons en navette, cernés de perles, alternativement horizontaux et verticaux, séparés les uns des autres par deux autres cabochons, plus petits et circulaires, placés verticalement. Les cheveux, disposés en bandeau de part et d’autre d’une raie médiane, descendent en étroites mèches, encadrant le visage, dessinant un front triangulaire. Sur la nuque, ils sont maintenus attachés par un double lacet disposé en croisillon. Les yeux, globuleux, saillant hors des étroites paupières, sont insérés dans des orbites fortement creusées, marquant l’arcade sourcilière. Les prunelles sont évidées. Le nez est droit, souligné de part et d’autre des ailes par des ridules descendant obliquement. Les lèvres sont nettement dessinées, avec deux petites fossettes, au-dessus d’un menton légèrement marqué. Bien qu’elle soit brisée sur le côté droit, sensiblement du milieu de la couronne au sommet de l’œil, la force de cette sculpture reste intacte. Il faut noter également que la couronne était fleuronnée. On est tenté d’attribuer la disparition des fleurons à des mutilations révolutionnaires, mais la statue ayant été déposée en 1771, on ne peut que s’interroger sur les raisons qui auraient poussé à procéder à cette ablation. L’incertitude où nous nous trouvons sur l’histoire de cette tête entre 1771 et 1944 interdit cependant d’exclure que la disparition des fleurons ne soit simplement due à leur fragilité.

C’est grâce à un dessin préparatoire d’André Benoist pour le premier tome des Monumens de Montfaucon que Léon Pressouyre put identifier la tête de la reine1 et ainsi lui rendre son emplacement d’origine : le portail central, entre les statues identifiées par Montfaucon à Clotaire III et Childéric II. Un tel emplacement explique à la fois l’exceptionnelle qualité de cette pièce et le fait que, des têtes de statues-colonnes de la façade occidentale, ce soit de celle dite de Clotaire III que la tête de la reine de Saba soit la plus proche.

Paul Williamson avait établi un rapprochement entre cette tête et celle de l’Ève de Gislebertus d’Autun et s’interrogeait sur une éventuelle origine bourguignonne du sculpteur principal des statues-colonnes du portail de Saint-Denis, voire sur son identité avec Gislebertus. Il nous semble que, si les deux artistes participent, jusqu’à un certain point, d’une même ambiance artistique, il n’est pas possible d’établir une stricte filiation entre ces deux œuvres, sensiblement contemporaines, la force expressive obtenue pour la tête de la reine de Saba par le travail des plans n’étant en rien comparable avec la simple rondeur du visage de l’Ève d’Autun. Des rapprochements plus féconds, à notre sens, sont à établir avec le fragment de tête provenant du portail Sainte-Anne conservé dans les collections du musée (Cl. 22893) et avec la tête de David, de même provenance, du Metropolitan Museum de New York2. Le traitement de l’œil incrusté renforce d’ailleurs les parallèles entre la tête de Saint-Denis et celle aujourd’hui à New York.

1. B.n.F., ms. fr. 15 634, no 52, fol. 56.

2. Inv. 38.180.


Bibliographie

  • Léon Pressouyre, « Une tête de reine du portail central de Saint-Denis », Gesta, t. 15, 1976, p. 151-160.
  • George Zarnecki, « Henry of Blois as a Patron of Sculpture », dans Sarah Macready et F. H. Thompson (dir.), Art and Patronage in the English Romanesque, Londres, Society of Antiquaries of London, 1986, p. 162 et pl. XLV.
  • Sumner McKnight Crosby, The Royal Abbey of Saint-Denis from its Beginning to the Death of Suger, 475-1151, New Haven-Londres, Yale University Press, 1987, p. 194-199.
  • Francis Salet, « Deux têtes de Saint-Denis au musée de Cluny », Bulletin monumental, t. 149, 1991, vol. 149, p. 243-244.
  • Alain Erlande-Brandenburg, « Une tête de prophète provenant de l’abbatiale de Saint-Denis, portail de droite de la façade occidentale », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1992, p. 528-542.
  • Alain Erlande-Brandenburg, Dany Sandron et Pierre-Yves Le Pogam, Musée national du Moyen Âge. Guide des collections, Paris, Réunion des musées nationaux, 1993, p. 121.
  • Paul Williamson, Gothic Sculpture, 1140-1300, New Haven-Londres, Yale University Press, 1995, p. 13 et fig. 10.
  • Fabienne Joubert, La Sculpture gothique en France : xiie-xiiie siècles, Paris, Picard, 2008, p. 226.
  • Xavier Dectot, « À en perdre la tête : les statues-colonnes de Saint-Denis et le problème du vandalisme pré-révolutionnaire au xviiie siècle », Gesta, 46 (2), 2007, p. 179-191.
  • Xavier Dectot, Musée national du Moyen Âge – Thermes de Cluny, Catalogue, Sculptures des xie-xiie siècles. Roman et premier art gothique, Paris, RMN, 2005, no 61.

Index

Désignation : Statue-colonne
Matière : Calcaire lutétien
Technique : Sculpture
Sujet iconographique : Reine de Saba
Motif décoratif : Couronne
Période : 2e quart du XIIe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=1061



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

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