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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Saint-Denis, tombeaux

Cl. 11780, Cl. 11781, Cl. 11782 et Cl. 11783

Tombeaux d’Adam et de Pierre d’Auteuil, abbés de Saint-Denis

Paris, Saint-Denis, vers 1270-1280

Calcaire gravé
H. 79 ; L. 164 cm
H. 81 ; L. 125 cm
H. 142 ; L. 71 cm
H. 140 ; L. 70,5 cm


Inscription

[† HIC:IACET:ADAM:ABBAS] et [† HIC:IACET:PETRUS:DE:AUTOLIO:ABBAS]


Historique

Proviennent du bras sud du transept de l’abbaye de Saint-Denis. Musée des Monuments français. Chantiers de Saint-Denis. Déposés à la cathédrale de Saint-Denis depuis le 12 février 1971.


Commentaire

Est-ce, comme le veut la tradition depuis Félibien, sous l’abbatiat de Matthieu de Vendôme que furent créés les tombeaux des abbés des xiie et xiiie siècles ? Toujours est-il que, à en croire le témoignage de Gaignières, ces tombeaux formaient une longue banquette contre le mur sud du bras sud du transept, construit en ce temps. En raison de l’interruption régulière créée par les piles supportant les retombées de la voûte, ces tombeaux fonctionnaient par groupe de deux. C’est l’une de ces paires que formaient les quatre panneaux du musée de Cluny. Deux d’entre eux (Cl. 11780 et 11781) constituaient le soubassement ; à chaque fois, sous un groupe de cinq arcades trilobées, se déroule la liturgie funéraire : un abbé mitré, au centre, lit un livre, entouré de quatre diacres portant pour l’un une croix, pour le deuxième un seau à aspersion et pour les deux les plus éloignés des cierges sur des chandeliers. L’une des plaques (Cl. 11780) est largement endommagée dans sa partie supérieure, quand la seconde (Cl. 11781) a perdu son arcature la plus à droite. Sur cette seconde plaque, le clerc tenant le seau à aspersion est figuré de face ; cet élément n’a malheureusement pas retenu l’attention des dessinateurs travaillant pour Gaignières, nous privant d’un élément pour attribuer plus précisément la dalle. Pour autant, on trouve dans Gaignières une légère différenciation entre les positions des manipules des deux abbés sur la foi de laquelle on peut probablement attribuer la première plaque (Cl. 11780) au tombeau d’Adam et la seconde (Cl. 11781) au tombeau de Pierre d’Auteuil.

Quant aux plates-tombes elles-mêmes, leur attribution est plus évidente, grâce au dessin de Gaignières. Toutes deux figurent des abbés mitrés, mais tandis que l’un tient un livre dans sa main droite, le second bénit. La gravure de Gaignières est ici suffisamment précise pour que l’on puisse attribuer la première (Cl. 11783) à Adam (mort le 19 février 1122) et la seconde (Cl. 11782) à Pierre d’Auteuil (mort le 6 février 1229), mettant par là aussi un terme aux doutes de Guilhermy (1848) qui, faute d’inscription, hésitait à suivre les attributions données par Lenoir. Pour ce qui est de la date de ces tombes, l’idée d’une commande pendant l’abbatiat de Matthieu de Vendôme avancée par Félibien a toujours été retenue, et elles ont généralement été situées peu après son accession au trône abbatial en 1259, même si Guilhermy, au vu de la légère différence des costumes abbatiaux, supposait entre les deux tombes une différence de plusieurs décennies.

Ce dernier argument ne peut être retenu. Non seulement la différence des costumes peut apparaître comme un moyen de marquer l’écart chronologique entre les deux abbés, mais, surtout, le travail, uniforme, des soubassements, travail que, à en croire Gaignières, l’on pouvait aussi retrouver sous la tombe de Suger, montre que l’on est face à des œuvres appartenant à une conception d’ensemble. Et sur les plates-tombes, le traitement des anges thuriféraires comme celui des fonds, où alternent fleurs de lys et castilles, est identique. Les deux tombes semblent bien contemporaines, mais, si l’on en croit le traitement des gâbles des soubassements, très élaborés, avec des crochets, un quadrilobe cerné de trois trilobes dans les écoinçons, elles doivent être un peu plus tardives qu’on ne l’a jusqu’ici pensé et appartenir plutôt à la dernière décennie de l’abbatiat de Mathieu de Vendôme.


Bibliographie

  • Dom Michel Félibien, Histoire de l’abbaye royale de Saint-Denys en France, contenant la vie des abbez qui l’ont gouvernée depuis onze cens ans, Paris, chez Frédéric Léonard, 1706, p. 570-576.
  • Ferdinand de Guilhermy, Monographie de l’église royale de Saint-Denis, Paris, V. Didron, 1848, p. 179-180.
  • Ferdinand de Guilhermy, Inscriptions de la France du ve au xviiie siècle, vol. 2, Ancien diocèse de Paris, Paris, Impr. nationale, 1875, p. 180-183.
  • Edmond Haraucourt et François de Montrémy, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue général, t. I, La pierre, le marbre et l’albâtre, Paris, Musées nationaux, 1922, nos 529, 530, 531 et 532.
  • Jean Adhémar et Geneviève Dordor, « Les tombeaux de la collection Gaignières, dessins d’archéologie du xviie siècle », Gazette des beaux-arts, t. 84, 1974, t. I, nos 125 et 126.

Expositions

  • Cathédrales, Paris, musée du Louvre, 1962, nos 88-89.
  • La France de Saint Louis, Paris, Salle des gens d’armes du Palais, 1970-1971, no 98.

Index

Désignations : Dalle funéraire ; Tombeau
Matière : Calcaire
Technique : Gravure
Sujets iconographiques : Abbé ; Procession funéraire
Motifs décoratifs : Castilles ; Lys
Période : 2e moitié du XIIIe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=10



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

Catalogue