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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Sainte-Chapelle, décor intérieur

Cl. 20626 (Cl. 1944)

Saint Louis

Paris, Sainte-Chapelle, vers 1300

If polychrome
H. 63 ; L. 20 ; Pr. 15 cm


Historique

Provient de la Sainte-Chapelle du Palais de la Cité, peut-être de la crête de la grande châsse. Collection Dugué. Acquis en vente publique. Réinventorié en 1923.

Études et restaurations

Étude et restauration par G. Barthe, dans le cadre d’un diplôme de l’Institut de formation des restaurateurs d’œuvres d’art, en 1980.


Commentaire

Vêtu d’une longue robe aux plis légèrement tuyautés et d’un manteau tombant en une large diagonale de la cuisse senestre à la cheville dextre, le roi porte une couronne à quatre amples fleurons, sous laquelle apparaît le sommet de sa chevelure lisse, travaillée en longues mèches qui bouffent à peine de part et d’autre des oreilles et retombent droit dans son cou. Le visage est sobre, presque dur, le nez légèrement pointu, les yeux petits et resserrés, les rides de part et d’autre des commissures des lèvres légèrement marquées, la bouche esquisse un sourire marqué de deux petites fossettes. Les deux avant-bras sont coupés au niveau du coude.

Stylistiquement, la datation de cette œuvre ne pose guère de problème. La fluidité du corps, au léger hanchement presque entièrement dissimulé par le vêtement, n’était le genou dextre qui pointe, l’alternance entre le manteau droit et les plis tuyautés de la robe, tout appelle à un rapprochement avec la sculpture de Poissy et plus encore, comme l’avait déjà noté en son temps Wright, 1971, de la statue commandée par Enguerrand de Marigny pour la chapelle de son château de Mainneville (canton de Gisors, arrondissement des Andelys, Eure), aujourd’hui conservée dans l’église paroissiale du village.

Il est évidemment loin d’être négligeable pour nous que cette dernière sculpture, quoique œuvre d’un artiste différent, présente un visage pratiquement identique, avec la même couronne, la même coiffure, la même mâchoire carrée aux joues légèrement creusées. Car si aucune des deux sculptures n’a une identification assurée, l’une comme l’autre sont considérées, depuis l’époque moderne pour celle de Mainneville, depuis la vente de 1851 pour celle du musée, comme représentant Saint Louis. Dans le cas de la dernière, un second élément vient plaider en faveur de cette identification : la présence, derrière la tête, de ce qui semble bien être la trace d’arrachement d’un nimbe.

S’il s’agit bien ici d’une représentation de Saint Louis, d’où provient-elle ? Une tradition ancienne, remontant à tout le moins à Du Sommerard, 1881, la place à la Sainte-Chapelle, au pignon de la crête de la grande châsse. Souvent mise en doute, parfois simplement passée sous silence (Erlande-Brandenburg, 1968), voire franchement rejetée (Dor, 1995), cette hypothèse a été récemment remise en avant par Jean-René Gaborit dans Paris, 2001 et par Baron, 2001, ces deux auteurs soulignant avant tout la parenté iconographique existant entre la sculpture telle qu’elle est conservée et celle que l’on peut apercevoir sur une enluminure du bénédictionnaire-missel du duc de Bedford connue par une copie moderne (Cl. 22847). Ces deux auteurs soulignaient aussi le recours à un bois précieux, l’if, plutôt qu’à du chêne, ce qui contribue à placer la pièce dans un contexte particulièrement prestigieux. À ces deux arguments, nous souhaiterions en ajouter un troisième, celui de la disproportion entre la tête et le corps, qui semble trop étroit pour la soutenir, et de la largeur inhabituelle du visage. Plutôt que par une maladresse, ces proportions étranges s’expliquent, à notre sens, par une correction de perspective pour une statue destinée à être vue en contre-plongée et à une certaine distance, disposition qui correspond parfaitement à celle de la statue couronnant la grande châsse. Ainsi, si rien ne permet évidemment d’affirmer cette provenance avec certitude, il nous semble que tous les éléments dont on peut disposer incitent à replacer l’œuvre au sommet de la crête de la grande châsse de la Sainte-Chapelle du Palais de la Cité.


Bibliographie

  • Gaston Le Breton, Essai iconographique sur Saint Louis, Paris, J. Martin, 1880, p. 31.
  • Edmond Du Sommerard, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue et description des objets d’art de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance, Paris, Hôtel de Cluny, 1883, no 725.
  • Chène et Longuet, Le Musée de Cluny, la pierre, le marbre, l’albâtre, la terre cuite, soixante-quatre planches reproduisant près de deux cent motifs, Paris, [s.d.], p. 43.
  • Pierre Chenu, « Note sur un manuscrit dont les illustrations sont attribuées à Jean Colombe et particulièrement sur une miniature de ce manuscrit », Mémoires de la Société des antiquaires du Centre, XL, 1921, p. 292-293.
  • Edmond Haraucourt, François de Montrémy et Élisa Maillard, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue des bois sculptés et meubles, Paris, Musées nationaux, 1925, no 5.
  • L.-E. Rogie et P. Despique, Histoire de la France et de ses Institutions et Notions sommaires d’Histoire générale, cours supérieur, Paris, 1928.
  • Paul Deschamps, « La statue de Saint Louis à Mainneville », Monuments Piot, t. 37, 1940, p. 124-133.
  • Alain Erlande-Brandenburg, « Le tombeau de Saint Louis », Bulletin monumental, t. 126, 1968, p. 27.
  • Georgia Sommers Wright, « The tomb of Saint Louis », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 34, 1971, p. 79.
  • Claude Lapaire, « La Vierge de l’Épiphanie, une sculpture française du xiiie siècle », Genava, 26, 1978, p. 187-195.
  • Meredith Shedd, « A polychrome effigie in Paris: Eugène Guillaume’s statue of Saint Louis at the Palais de Justice », Gazette des beaux-arts, 1988, p. 55.
  • Pierre Dor, Les Reliquaires de la Passion (à l’exception des reliquaires de la Vraie Croix) dans les églises et musées de France, thèse de doctorat, École du Louvre, 1995, p. 110-111.
  • Jean Chapelot, Claude Troquet, Christine Kauffmann, Tristan Quérillac, Jean-Michel Quenet, Albert Jauffret et Claude Pinta, Une histoire de Vincennes. Mémoire pour l’an 2000, Vincennes, 1999, p. 13.
  • Françoise Perrot, Espérance. Le mécénat religieux des ducs de Bourbon, Souvigny, ville de Souvigny, 2001, p. 15.
  • Françoise Baron, « Le décor sculpté de la Sainte-Chapelle », Dossiers d’archéologie, 264, juin 2001, p. 49.

Expositions

  • Villehardouin-Joinville, Reims, 1948.
  • Les grands créateurs de Paris, Paris, musée Carnavalet, 1951.
  • Saint Louis, Paris, Sainte-Chapelle, 1960, no 89.
  • Saint Louis, Paris, Sainte-Chapelle, 1960, (2).
  • Paris et ses rois, Paris, Hôtel de Ville, 1988, no 30.
  • Le Trésor de la Sainte-Chapelle, Paris, musée du Louvre, 2001, no 44.
  • Images du pouvoir royal, Paris, musée de l’Histoire de France, 2007.

Index

Désignation : Ronde-bosse
Matière : If
Technique : Sculpture polychrome
Sujets iconographiques : Louis IX ; Saint Louis
Motif décoratif : Couronne
Période : 1er quart du XIVe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=667



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

Cl. 22847 : Enluminure du duc de Bedford
Cl. 22847 : Enluminure du duc de Bedford

Catalogue