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Réunion des Musées nationaux - Grand Palais - Catalogue des collections
Musée national du Moyen Age, Thermes et Hôtel de Cluny, Paris

Les catalogues raisonnés

Sculptures des XIe-XIIIe siècle - Collections du musée de Cluny

Île-de-France

Cl. 18768 (Cl. 1941)

Vierge à l’Enfant assise

Île-de-France, vers 1260-1270

Calcaire blanc fin (craie de Vernon ?) sculpté avec une riche polychromie
H. 36 ; L. 25 ; Pr. 26,5 cm


Historique

Ancienne collection Fugué. Achetée en vente publique par le musée de Cluny en 1851. Inventoriée en 1851 puis en 1912.

Études et restaurations

Analyse de la pierre par Annie Blanc en 1995 (calcaire blanc fin, craie de Vernon ou pierre de Tonnerre ?). Analyse de la polychromie en 1996 par Sylvie Collinart. Deux niveaux de polychromie. Pour la plus ancienne, bouche pore au carbonate de calcium, préparation au blanc de plomb, lapis-lazuli, vermillon, vert de cuivre, mixtion jaune et dorure. Restauration en 1998 par Dominique Biesel.


Commentaire

Assise sur un trône, la Vierge est vêtue d’une robe longue qui épouse la forme de la poitrine et se froisse un peu à la ceinture, très fine et portée très haut, avant de tomber en plis tuyautés. Par-dessus, le manteau, retenu par une cordelette à houppettes reliée à la poitrine, en son centre, par une broche octogonale, est rejeté derrière les épaules, avant d’être ramené sur les cuisses écartées, en larges plis formant des becs, pour se terminer en un bel effet ondulant sur les pieds, dont le gauche est légèrement surélevé par un coussin et tombe en vague sur le dossier et les accoudoirs. Le trône lui-même est formé d’un dossier peu élevé, n’atteignant pas les épaules, et de deux éléments latéraux formés chacun de deux lancettes trilobées surmontées de quadrilobes et séparées par des montants en forme de pinacle. Sur le siège est posé un coussin frangé entièrement couvert de vair. Par-dessus, un grand drap, tombant sur les montants en vagues et retombant droit, à peine rehaussé d’un ou deux plis tuyautés, derrière le dossier, est rehaussé d’une riche polychromie dont sont encore perceptibles un lion et un aigle. Au pied du trône, tant à dextre qu’à senestre, se trouvaient quatre bouquets de fleurs ; on reconnaît, à dextre comme à senestre, sur le bouquet le plus en arrière, mieux conservé, des roses. Le tout repose sur une gorge profondément creusée, dans laquelle se déploient des rinceaux ondulants de feuilles de chêne auxquelles se mêlent parfois quelques feuilles d’érable.

Si la polychromie est exceptionnellement bien conservée, la Vierge a en revanche perdu la tête, les avant-bras peu après les coudes et presque tout l’Enfant dont ne subsiste plus que le pied gauche, la frange inférieure de la robe et quelques fragments du pied droit.

Quoique connue et reproduite depuis une date ancienne, cette Vierge à l’Enfant n’a guère retenu l’attention avant la fin du xxe siècle. C’est portant une œuvre exceptionnelle par sa préciosité et la finesse de sa sculpture, probablement l’un des plus beaux morceaux de sculpture sur pierre de la seconde moitié du xiiie siècle. On y retrouve, tout d’abord, le goût pour l’observation de la nature qui prend son essor dans les années 1240 – une nature végétale observée avec précision dans son ondulation et dans son fleurissement –, et également le goût pour les plis amples qui se contredisent parfois les uns les autres, amorcé chez certains des apôtres de la Sainte-Chapelle (notamment l’apôtre « mélancolique »), et devenu la référence dans la seconde moitié du xiiie siècle. La structure du trône, quant à elle, imite les grandes baies très ouvertes dont, là encore, la Sainte-Chapelle présente l’archétype. Mais d’autres effets de drapé, notamment le travail de la robe, comme l’attention précise portée au rendu de la richesse des tissus et des matières, se placent clairement dans la suite des sculptures de Pierre de Montreuil et de son atelier au bras sud du transept de Notre-Dame de Paris telles qu’on les voit entre autres s’exprimer au retable de Saint-Germer-de-Fly, rapprochement déjà noté par Pierre-Yves Le Pogam dans Paris, 1996. Pour autant, et malgré son élégance, la sculpture garde quelque chose de la sobre frontalité de celle des années 1250-1260, sans présenter les recherches un peu précieuses de la sculpture du dernier quart du siècle, ce qui nous incite à attribuer à cette œuvre une datation légèrement antérieure à celles proposées par Haraucourt et Montrémy, 1922 (fin du xiiie siècle ou début du xive siècle) puis par Pierre-Yves Le Pogam (fin du xiiie siècle).


Bibliographie

  • Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carolingienne à la Renaissance, vol. 6, Paris, Vve A. Morel, 1871, t. I, p. 51.
  • Edmond Du Sommerard, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue et description des objets d’art de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance, Paris, Hôtel de Cluny, 1883, no 254.
  • Edmond Haraucourt et François de Montrémy, Musée des Thermes et de l’hôtel de Cluny. Catalogue général, t. I, La pierre, le marbre et l’albâtre, Paris, Musées nationaux, 1922, no 245.

Expositions

  • Les grandes heures de Notre-Dame de Paris, Paris, chapelle de la Sorbonne, 1947.
  • Un trésor gothique : La Châsse de Nivelles, Paris, musée de Cluny, 1996.
  • Paris, ville rayonnante, Paris, musée de Cluny, 2010.

Index

Désignation : Ronde-bosse
Matière : Craie de Vernon
Technique : Sculpture polychrome
Sujet iconographique : Vierge à l’Enfant
Motifs décoratifs : Chêne ; Érable ; Quadrilobe ; Rose ; Trône ; Vair
Période : 3e quart du XIIIe siècle


Permalien pour cette notice

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=99



Xavier Dectot

© Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2011 ; mise à jour : mai 2016

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